• Avant que le coq ne chante

    Mes chers amis, avant que le coq ne chante, nous nous serons parjuré trois fois. Car dans ce pays, tout est fait pour stigmatiser le clandestin auprès de l'opinion publique. On le traite pire qu'un vulgaire criminel, quoiqu'un détenu dispose, lui, de garanties, fort heureusement; et qu'un assassin a droit à un défenseur. Tandis que le clandestin, sur lequel la gente honnête ne jette pas même un regard de pitié supérieur, lui, est dépouillé de ses droits, déshumanisé. Désormais, le langage des politiques s'exécute aux ordres de guerre, et c'est à la lutte contre « le fléau de l'immigration clandestine » que nos élus préparent l'avenir de la France et celle de nos enfants. Beau projet ! Belle perspective ! Le top ! Dorénavant, les projets « ambitieux » du pourri Sarko, consistent à établir des quotats sans les nommer, à fixer, à court ou moyen terme, ses objectifs chiffrés d'expulsables, et nous, de l'écouter comme si l'on parlait de bétail, de troupeaux, en oubliant qu'il s'agit bien d'êtres humains. Mais en les oubliant; nous nous oublions nous même; oubliant que nous parlons d'individus jouissant de la personnalité juridique, et lentement, nous tissons un fil commun entre notre vision des clandestins, et le regard jeté par l'entre-deux guerre sur tous les juifs d'Europe. Nous perdons de vue l'absolue des droits de l'Homme. Nous trahisons notre Révolution, nous trahissons la Déclaration des droits de l 'Homme dans ce quelle a d'unique, dans ce qui fait sa particularité : son Universalité. Ainsi, nous nous parjurons une première fois.

    De quel droit traiter la clandestinité comme un agissement criminel ? Je m'y oppose de toutes mes forces et je m'y opposerai toute ma vie. Est-ce la Justice qui décrète de préjuger criminel l'espoir, la contrainte de la nécessité vitale et le plus incroyable à tenter pour la survie et la protection de sa famille ? Je suis persuadé qu'il n'en est rien. Le droit le dit, parce que le droit dit ce qu'on lui dit de dire; mais la Justice sûrement pas. La Justice condamne une telle ignominie. La Justice est absolue. Et que dire de la multiplication et de l'aggravation alarmante des atteintes aux droits les plus élémentaires des sans-papiers dans notre pays; jusqu'à encourager la délation. Sommes-nous tombés à ce point au fond du caniveau pour honorer les délateurs ? Allons ! Croyez-vous qu'en liquidant les droits des immigrés et des sans-papiers, nous sauverons ce qui reste de nos acquis, pauvre épave qui résiste péniblement aux rouleaux de la mondialisation néolibérale? Si tel était le cas, ce serait un parjure, il nous affaiblirait parce que l'injustice affaiblit plus l'injuste que sa victime, et nous perdrions de tous les côtés.

    Les néolibéraux déplorent une France qu'ils jugent racornie, une France qui se refermerait sur elle-même au lieu de s'ouvrir à la mondialisation en se réformant.. Balivernes ! Quand il s'agit d'ouvrir béantes nos frontières aux prédateurs maffieux, aux escrocs qui sévissent sur les marchés financiers, à toutes sortes d'entités commerciales qui accaparent les profits sans les redistribuer comme la règle du jeu capitaliste le présuppose; les néolibéraux applaudissent en exigeant davantage. Mais quand il s'agit d'hommes, de solidarité, de fraternité, de justice; les néolibéraux ne s'offusquent nullement de barricader la France, d'ériger un mur de contraintes, invisible mais réel, pour violer, pour piétiné le droit à la vie et bafouer notre culture d'asile historique sans autres explications qu'un déterminisme économique affligeant. Et d'entre-bailler les portes de notre pays à ceux qui sont utiles. Attendez de voir demain, après l'immigré inutile, le français inefficace dépouillé, lui aussi, de ses droits naturels. D'ailleurs, n'est ce pas déjà le cas ?. Comprenez que l'inutile est celui qui ne rapporte rien à la cupidité de cette économie de guerre que rien n'oblige d'accepter sinon l'épouvantail de la ruine totale brandît comme une apocalypse pentecotiste qui terrorise tout le monde.  « Si la Justice n'était qu'un courant d'utilité, il pourrait être juste, pour le bonheur de presque tous, de sacrifier les pays pauvres, d'en sacrifier quelques-uns sans leur accord et fussent-ils parfaitement innocents et sans défense. Or, c'est ce que la justice interdit. S'il fallait, pour sauver l'humanité, condamner un innocent faudrait-il s'y résigner ? Non pas, répondent Kant, mais aussi Dostoïevski, Bergson, Camus. Le jeu n'en vaut pas la chandelle, ou plutôt ce serait pas un jeu mais une ignominie. L'utilitarisme touche ici sa limite » (1).  Au nom de quoi devrions-nous sacrifier la Justice puisque sans elle il n'y aurait ni légitimité, ni illégitimité. Rien ne vaudrait absolument, pas même l'amour. Sans la Justice, sans elle, le monde ne peut pas exister absolument. Il n'aurait aucun sens. Or, dans l'indifférence générale, l'Assemblée nationale codifie le plus naturellement du monde la xénophobie comme les étasuniens ont naturellement codifié la torture, mais en faisant de notre pays et de son peuple les complices d'une législation au service de la barbarie. Ainsi, nous nous parjurons une seconde fois.

    J'aime à penser que la France s'est enorgueillie, malgré la sape néolibérale, d'avoir su résister au CPE, cette régression sociale intolérable que les autres pays n'ont pas pu éviter,(ou n'ont pas voulu éviter que nous importe...) et se déshonore, au contraire, en donnant le spectacle affligeant d'une société qui tombe le masque de l'égoïsme contre une promesse de futur meilleur que les néolibéraux n'ont pas même l'audace de lui faire.Quant à ceux qui viendront offrir le troisième baiser, le dernier parjure, il n'y a pas loin de penser qu'ils seront étiquetés socialistes. Ceux qui se prétendent socialistes mais qui valent à la fidélité socialiste ceux que mon chien m'est fidèle à travers son écuelle quotidienne; ils seraient bien capable d'oublier de saisir le Conseil constitutionnel. 60 députés suffiraient, peut-être, pour sauver l'honneur de la France, de son Assemblée nationale et de ses petits commerçants mesquins. Prenons-garde que demain, l'on décide de crucifier fièrement et sans complexe sur les portes de nos entreprises une pancarte où serait inscrits « Arbeit macht frei » ...

    1) le passage entre guillemets est du philophophe André Comte-Sponville.

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