• Intégrisme de la pensée néolibérale

    Mes chers amis, je débuterai cette courte analyse par quelques interrogations légitimes propres à éclairer le champs de mes incertitudes. La liberté politique consiste t-elle à s'affranchir de toutes contraintes normatives : c'est le concept de liberté formelle; ou consiste t-elle, sous réserve de certaines obligations, à mettre à disposition des individus les moyens de satisfaire effectivement leurs aspirations : c'est le concept de liberté réelle ? Parallèlement, traduite au plan purement économique, la libre-concurrence, synonyme de liberté économique, doit elle être totale (concurrence formelle) - quitte à qualifier encore de concurrentiel un marché dans lequel apparaissent des entreprises d'une telle dimension qu'elles exercent de fait un monopole absolue - ou bien la libre-concurrence consiste t-elle à ériger des normes destinées à empêcher toute forme de monopole y compris celui d'une entreprise objectivement plus performante que feu ses concurrentes (concurrence réelle ou plus communément appelée « concurrence parfaite ») ? Le choix de l'une ou l'autre branche de cette alternative ne distingue en aucun cas le libéralisme du socialisme. En politique, comme en économie, cette distinction entre liberté formelle et liberté réelle se pose, en réalité, au sein même de la pensée libérale sans considération des courants opposés à l'économie capitaliste.

    Depuis le crevard Reagan et la vieille peau Thatcher, il apparaît que le concept de liberté formelle domine la pensée libérale. Et durant les quarante dernières années, force est de constater la césure immense qui s'est opérée au sein de la famille libérale; césure que le clivage traditionnel « gauche-droite » a complètement éclipsé. Je le répète : c'est au sein même de la pensée libérale que s'est produit un renversement fondamental au point que les formes de capitalisme pratiquées il y a 40 ans pouvaient comporter des préoccupations sociales ou éthiques devenues complètement désuètes aujourd'hui. Pour en saisir la portée, il est nécessaire de brosser un rapide historique de la pensée libérale.

    Au cours de la révolution industrielle du XIXè siècle, au moins en Europe, les libéraux définissaient la liberté politique dans son acception formelle, et le célèbre « laissez faire, laissez aller » prôné par Adams Smith, traduisait économiquement le même concept de liberté formelle au mépris de la théorie de la « concurrence parfaite ». Logiquement, l'état d'injustice généré par cette utopie capitaliste provoqua les réactions sociales les plus radicales et les plus dangereuses; l'anarchisme - et surtout, la version la plus agressive du socialisme: le communisme - ont failli autant que le nazisme engloutir définitivement l'Europe et son capitalisme sauvage dans l'abîme universel. C'est exactement ce qui nous guette quoique l'histoire ne ressert jamais le même plat..

    Dans les années 50, à cause de l'échec cuisant du capitalisme sauvage (ce que nous appelons péjorativement aujourd'hui néolibéralisme), le courant Smithien fut complètement discrédité au sein de la famille libérale. Les néolibéraux étaient considérés dans leur propre famille philosophique comme des utopistes au même titre que les phalanstères de ce brave Proudhon symbolisent l'utopie socialiste. Ils étaient même, à jute titre, assimilés à des illuminés dangereux, à des idéalistes de la première heure, vielles carnes théoriciennes incapables de se réformer. Des années 50 aux années 1980, les néolibéraux se sont organisés en véritables sectes, ouvrant partout dans le monde des écoles, des instituts et toutes sortes de fondations diverses destinées à promouvoir leur idéaux. Il n'entre pas dans le champs de cette analyse d'expliquer comment une minorité d'économistes hystériques est parvenue à une réussite aussi éclatante, mais il est évident qu'ils n'ont pu triompher qu'en s'emparant des consciences : c'est à dire en utilisant les mêmes armes que ceux qu'ils prétendent combattre. Je le dis de la manière la plus abrupte : le néolibéralisme est à la pensée libérale ce que l'évangélisme pentecotiste est au catholicisme et l'intégrisme musulman au Coran : une lecture dans le texte de la pensée Smithienne, de surcroît en la radicalisant, en la travestissant. C'est un retour aux sources rigides et primitives d'un courant qui était pourtant parvenu à se transformer, qui commençait à apporter aux sociétés occidentales le meilleur après des décennies de luttes et d'injustices. Je prétends bien que Smith, lui même, a posé les limites de sa propre théorie sinon, il conviendrait de parler de paléo-libéraux plutôt que de néolibéraux lorsque l'on évoque les théories fumeuses du chafouin Sarko et de sa ribambelle de traites à la nation.

    A partir de 1945, devant la nécessite impérieuse de réformer le capitalisme, trois économistes : Léon Walras, John Maynard Keynes et Paul Samuelson ont contribué miraculeusement à orienter le capitalisme dans une voie susceptible d'espérer un relatif consensus, et surtout, de le mettre au service du plus grand nombre. Comprenez, mes chers amis, que le keynesianisme fut la réponse imparable apportée par les libéraux aux attaques légitimes du socialisme radical ... cet économiste et ses promoteurs ont sauvé les modèles occidentaux (y compris aux USA) en proposant des solutions intelligentes aux erreurs générées par une interprétation radicale des mécanismes de l'économie capitaliste. En aucun cas, l'Etat dit péjorativement « providence » s'apparente à de la planification économique. Keynes était un partisan du capitalisme et ceux qui prétendent que l'Etat providence s'assimile à du communisme nous trompent délibérément. D'ailleurs, au moment du triomphe des économies keynésiennes, jamais les sociétés occidentales n'ont été aussi libres, joyeuses et optimistes.Certes, elles avaient sans doute plus d'inflation qu'aujourd'hui, mais elles n'avaient pas plus de déficits, beaucoup moins de chômeurs, moins de disparités entre les classes sociales, et elles jouissaient d'un taux de productivité à faire rêver les pitres qui prétendent nous représenter.

    Aujourd'hui, comme dans le système stalinien, ceux qui contestent le néolibéralisme sont accusés de tous les mots et de toutes les tares. Discrédités, ridiculisés et calomnier comme le fit Friedrich Hayek, - le plus représentatif des néolibéraux « modernes », défenseur du capitalisme sauvage, à ses yeux, la seule forme de vrai libéralisme - lorsqu'il traitait les keynésiens de « faux libéraux ». De quel droit me traiter de « faux-libéral » pour l'unique raison que je critiquerais un système qui génère de plus en plus de pauvreté et d'injustices? Il y a une ironie insupportable à entendre des individus comme Madelin ou Sarkozy accuser la France d'immobilisme, à qualifier de propositions innovantes et de réformes ambitieuses le retour à des théories archaïques vielles de plus de 100 ans qui, par deux fois, ont échouées, non sans entraîner, à chaque fois, les sociétés occidentales dans la décadence et l'autoritarisme. Nous y sommes aujourd'hui comme à la veille de la Seconde guerre mondiale alors que nous avons les moyens de résister à cette construction surnaturelle de l'économie comme nous avons toujours eu les moyens de résister à toute dictature fusse t-elle la plus radicale et la plus déterminée...


  • Commentaires

    1
    Vendredi 2 Juin 2006 à 12:15
    Je n'étais pas
    revenu depuis plusieurs mois et n'avais poin lu la réponse à mon commentaire du 04/04 avril. Au lire de vos remarques mon blogg souffrait d'une absence d'intérêt vis-à-vis de la communauté. Mon approche est hors blogg.org pour tout vous dire. En clair merci pour votre belle réplique mais mon traffic est au beau fixe. Bonne journée ;)
    2
    Samedi 3 Juin 2006 à 16:59
    Tant mieux, cher knuckles
    j'en suis très heureux pour vous ...
    3
    Tschok
    Mardi 6 Juin 2006 à 15:08
    Oh! Demos écrit encore...
    ... sur le libéralisme! Moi je ferais une autre division: les Libéraux c'est les philosophes du XIX siècle, avec une doctrine universaliste (à la fois politique, économique, sociale et même métaphysique par certains c^tés) Ensuite, y a les Néolibéraux: sous cette enseigne on classe surtout les monétaristes de l'école de chicago et leurs héritiers. Quoiqu'on dise à leur sujet, on a surtout affaire à des économistes (dont le but est de flanquer par terre la penseé keynésienne). Puis on a les Ultralibéraux: là, on a plus affaire à des intellos, mais à des hommes politiques ou des hommes d'affaires. Ils n'ont aucune autre doctrine que de s'empifrer dans le plus pur style du capitalisme sauvage du XIX siècle. Que les ultras rencontrent le néo, c'est normal: les uns ont la pensée, les autres l'action. Qu'ils soient tous d'accord, c'est une autre paire de manches.
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