• Le droit de rêver

    Mes chers amis, l'autre jour, lors de la soirée Thema diffusée sur la chaîne anti-française ARTE, j'ai entendu un ancien mineur anglais de la vallée de la Dearne expliquer la chose suivante : « Avant, nous travaillions sept heures par jour, maintenant nos journées de travail sont de douze heures; nous n'avons pas eu le choix, il a fallu s'adapter». J'écoutais ce discours surréaliste, écoeuré par le titre du reportage de Ted Anspach - un reportage intitulé « Un monde nouveau arrive » et qu'il serait honnête de titrer « Un monde archaïque prend sa revanche » - Un reportage orienté disais-je, une caricature grossière sans autre ambition que de sacraliser le renoncement devant le libre arbitre, que de justifier la résignation face au respect du plus élémentaire des droits de l'homme : le droit à la dignité bafoué au nom de la lutte contre le chômage. Je remarquais l'apologie du thatchérisme auquel Daniel Leconte se livra dans son émission, non sans s'approprier le vocable des hommes de progrès pour porter sans la moindre preuve de graves accusations à l'encontre du modèle français : Un modèle d'archaïsme, d'immobilisme rempli d'assistés, exposé non comme un argument ou l'opinion d'un libre penseur, mais comme une estocade, comme une preuve, comme une évidence qui devrait raisonnablement apparaître à tous. Monsieur Daniel Leconte à confondu son pastiche néolibéral de pseudo journaliste avec une honnête analyse objective.

    Et comme preuve irréfutable des « effets bénéfiques » du thatchérisme : la création d'emplois, ou plutôt de sous-emplois. Comme si la création d'emplois était synonyme de richesse pour ceux que l'on prostitue depuis 25 ans sur les trottoirs de la flexibilité ! Quelle provocation malhonnête de taire les sacrifices incommensurables qu'ont du consentir les habitants du Yorkshire en terme de dégradations de revenus, de protection sociale, de conditions de travail, de santé, d’éducation, de logement; en terme de qualité de vie tout bonnement. De sorte que la seule preuve de la réussite de cette politique hystérique est à chercher dans l'insolence vulgaire des capitalistes financiers et non dans la débauche tragique de ce qu'il à lieu de qualifier de barbarie moderne. Une barbarie collective qui ne fut possible qu'avec la bénédiction de l'opinion publique anglaise. C'est le problème des Anglais de ne pas être fraternels pas celui des Français ! Et belle réussite en somme que la sinistre tronche de ces reconverties à l'économie de marché qui, au lieu d'afficher joyeusement leur gueule de vainqueur, semblaient porter sur leur figure blafarde le poids de toute la misère du monde. Des tronches d'anorexiques ! Voilà le témoignage vivant des personnages filmés par Monsieur Ted Anspach dans son reportage.

    Mes chers amis, les néolibéraux sont décomplexés. Ils s'approprient nos valeurs et nos mots pour légitimer leur théorie nazillarde. Dorénavant, réussir : c'est être ni noble, ni joyeux, simplement tranparent... c'est être un survivant désinhiber et déculpabilisé devant les ravages de l'utopie capitaliste... Pacification sociale et inflexion des prétentions obligent; négociation de concession et mise au pas de toute ambition préfigurent le consentement tacite de l'homme « moderne » à entrer docilement dans le rang dans l'espoir vain d'échapper au pire à venir dont on ne cesse de le menacer. Le rationnel comme outil de censure. Le rationnel pour conduire l'homme à s'abandonner à la clémence des dominants. Le rationnel pour justifier l'ordre nécessaire des choses. Le darwinisme social et économique comme modèle quitte à ériger devant l'extraordinaire créativité de l'âme un mur de préjugés qui lui ferait obstacle, qu'un dogme de la pensée interdirait de franchir à peine d'hérésie communiste.

    Et les néolibéraux de nous convaincre que réfléchir nuit, qu'il est superflu de penser. Penser mais à quoi bon ?! Concentrons-nous plutôt sur le résultat : le succès, la consommant du réel avide comme signe de réussite sociale. Persuadons-nous de la futilité de l'existence. Ignorez l'avenir, ne songez qu'à conserver une place honorable dans le peloton qui s'ébranle. Vivre l'instant même insipide; vivre injustement. Ne chevaucher aucun rêve. En aucun cas s'illusionner. Ne rien construire dans l'enthousiasme collectif car l'idéal est une tare de l'humanisme .. L'idéal attise les passions et conduit l'homme à l'irréparable ... L'idéal est dangereux et comme preuve : le nazisme, le communisme, l'islamisme mais le néolibéralisme non, le modèle Wal-Mart non ... la précarité non ... l'opiniâtreté du Premier ministre non ... la guerre de Bush contre le Mal non !

    Les néolibéraux disaient : faites l'Europe, vous aurez la paix ! Jamais nous n'avons été si éloigné de nos amis européens. Le sont-ils encore du reste - nos amis - voilà une question légitime. Ils disaient : faites l'Euro, vous serez plus riches ! Jamais nous n'avons été si pauvres. Nous disons : la coupe est pleine ! Ils répondent : épidémie populiste, jacquerie, la démocratie otage de la rue...

    Mes chers amis, rêver, ce n'est pas penser dans un aquarium. Rêver n'est pas contre-nature au contraire. Rêver enrichit le sens de la vie parce cet état bouleverse l'esprit en le propulsant hors du corps. Rêver, c'est comme jaillir, c'est sortir de soi et se projeter dans le futur. Les utopies d'aujourd'hui seront les réalités de demain. C'est en rêvant que l'être se prolonge, qu'il s'accroît pour accoucher d'un être nouveau et inconnu du matérialiste naïf. Entre la liberté dans la fatalité de la précarité et une déception possible, pourquoi choisir la pire des solutions ?

    Et à défaut de rêve, l'ambition prend le relais et quelles ambitions pour les néolibéraux ? En 2000, au cours du sommet du Millénaire tenu à l'ONU, ils ont déclaré que « le seul objectif réaliste, à une échéance opérationnelle – l’année 2015 –, est la réduction de moitié du nombre de personnes « extrêmement pauvres »! c'est à dire 650 millions en laissant pour compte les 2 milliards de « simples » pauvres, si l'on peut dire, vivant avec moins de 2 euros par jour. Quoi ! c'est ça l'ambition de ces réformateurs donneurs de leçon ...? Franchement c'est complètement nul !

     

    Mes chers amis, ne vous laissez pas distancer car un spectre rode : La précarité. C'est comme le sida, ça n'arrive qu'aux autres. Le remède est un placebo; pour que ça fonctionne, il faut y croire. Choisissez entre une vie de labeur - de 14 à 70 ans - ou une mort sociale dans la clochardisation de la rébellion. Tous les matins je croise Bachir, un clodo qui traîne au pied d'une église désaffectée de la rue Bédarride à Aix. L'autre jour je lui ai dis : « Bachir tu es ivre du matin au soir, arrête de boire, si tu continues, tu vas mourir! » Puis la réalité soudain en un instant de raison; cette fameuse réalité dont nous serions aveugles à la voir est apparue à moi ... non comme un rêve mais comme un cauchemar. Il y a bien longtemps que Bachir est mort ... j'étais seul à parler à un cadavre.. les mêmes cadavres que Monsieur Ted Anspach a fait parler dans son reportage d'un monde ignorant que nous abominons et que ce monsieur espère instaurer en France en appelant cela « Réformer ». Monsieur Ted Anspach aura besoin de beaucoup de courage pour affronter les « couillons » comme moi, non pour l'attaquer mais résolument pour défendre un modèle imparfait, certes, mais fidèle à l'idée que nous nous faisons du progrès, une idée incompatible avec le fatalisme néolibéral que le mal de vivre des hommes d'aujourd'hui condamne sans appel ...



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