• L
    a pensée néolibérale, la vie sans parachute, n'en finira décidément jamais de pousser la raison dans ses derniers retranchements. Comme preuve, j'entends soumettre à l'examen du bon sens les récentes déclarations du ministre-candidat N. Sarkozy appelant de ses voeux les ménages français à consommer « révolving »(1) convaincu « qu'une société qui emprunte est une société qui croit en l'avenir».(2) N. Sarkozy serait bien en peine d'expliquer clairement pourquoi ce qui demeure hérétique pour le budget de l'état (le surendettement) ne l'est pas pour celui des ménages. Car enfin il y a autant d'inconscience que de pure idéologie à glorifier ainsi le crédit, alors qu'en l'état de l'économie des puissances occidentales, l'endettement des ménages atteint des sommets himalayens.


    Chaque année, shotés à l'oniomanie, les Étasuniens dépensent 700 milliards de dollars de plus qu'ils ne produisent. Aux USA, le taux d'endettement des ménages atteint 120% du revenu disponible annuel (3). Parmi les Roger-Bontemps du millénaire, les Anglais méritent, sans conteste, la Palme d'or. En Grande-Bretagne, tenez-vous bien, la dette des ménages s'élève à 1 900 milliards d'euros. Elle gonfle de 1,5 millions d'euros toutes les 4 minutes ! En moyenne, chaque foyer du Royaume-Uni est débiteur de 66 000 euros auprès de divers préteurs. Le découvert moyen de chaque adulte atteint plus de 6 000 euros (+2 .700 E en 5 ans), et chaque ménage paie l'équivalent de 20 % de ses revenus uniquement en charges financières. En l'état actuel de l'endettement des particuliers, si l'Anglais moyen cessait d'emprunter, il ne lui resterait pour vivre que 170 euros une fois honorées ses échéances financières.(4) Richesse de façade, économie virtuelle, les magasins débordent de propositions de prêt, même les adolescents n'appréhendent plus de vivre à crédit considérant le «shopping» comme le loisir le plus important. Cette grande bouffe collectiviste engloutit, chaque année, 70.000 familles que la banqueroute digère sans causer la moindre aigreur d'estomac au marché, sans interpeller les pouvoirs publics indifférents devant l'accroissement spectaculaire des procédures de faillites personnelles. A ce drame s'ajoute les 8 millions de crève-la-faim britanniques exclus du secteurs bancaire, ces moutons tondus par les « loan sharks » qui leur consentent des prêts au taux de 30 à 35 % d'intérêt dans la plus parfaite légalité. Dans cette ripaille insatiable, n'omettons pas d'évoquer, enfin, le sort des millions de propriétaires couverts de dettes arrimés à la bulle immobilière, euphoriques comme le petit Jack l'était en grimpant sur son haricot magique.


    Champion incontesté du surendettement, le consommateur anglais n'est, toutefois, pas seul à souffrir de cette pandémie moderne. La frénésie de consommation touche, avec plus ou moins d'intensité, tous les pays occidentaux y compris la France. Mais c'est l'endettement immobilier qui grève lourdement le budget des ménages européens, surtout britanniques (67 % des Britanniques sont « propriétaires » de leur logement contre 55 % des Français). Abandonnés par un système de retraite publique misérable (env. 120 euros mensuels par personne), dissuadés par les prix exorbitants des loyers, les ménages anglais n'ont d'autres choix que de se tourner vers l'accession à la propriété au prix d'un endettement pantagruélique qu'ils espèrent juguler en spéculant sur l'immobilier. Ils alimentent ainsi un marché en progression de 90% sur la décennie qui les appauvrit en créant l'illusion de la richesse.


    En France, la situation est inquiétante sans atteindre les seuils hystériques de nos voisins européens. D'après L'Observatoire de l'endettement des ménages , jusqu'à présent , « les ménages ont fait preuve d'une relative rationalité en matière d'endettement en évaluant leur situation de façon cohérente avant de recourir au crédit ».(5) Avec un taux d'endettement de 62 % à 64% du revenu disponible selon les sources,(6) les Français restent, pour le moment, les européens les moins endettés. A 30% en deçà du taux moyen d'endettement des ménages européens, l'on comprend que les préteurs se lèchent les babines entendant N. Sarkozy vanter sur TF1 les mérites du « revolving ». En réalité, le taux d'endettement des ménages français croît plus vite qu'ailleurs depuis 2005. Après avoir progressé de 9,9% en 2004, il a progressé de 10,5% en 2005 portant la dette des ménages français au niveau le plus élevé jamais observé en France. Aucun libéral le compare à celui de la dette publique (env. 65% du PIB) alors qu'il y aurait tant à dire.(7) Comme pratiquement partout dans l'UE, les crédits immobiliers représentent 70 % des crédits des ménages, mais tous les types de crédits sont en progression.(8). La Banque de France s'en est faussement inquiétée en relevant l'accroissement de la dette des ménages français et le rallongement de la durée des prêts consentis par les institutions bancaires.(9). Depuis quelques mois, d'ailleurs, des crédits sur cinquante ans sont distribués sur le marché français (10).



    Décomplexés, N. Sakozy et son armée d'économistes fanatisés par le libre-échange présentent le surendettement des ménages, notamment des ménages anglais, comme le signe d'une économie florissante! Or, un instant de raison suffit pour juger les contradictions de cette politique suicidaire qui fustige l'accroissement de la dette publique tout en valorisant celle des particuliers. Quant on pense que les dépenses des ménages sont suivies avec une grande attention par les économistes car elles constituent le principal moteur de la croissance, (11) l'on ne peut que déplorer l'hérésie sociétale d'un système affligeant dans lequel la croissance est alimentée en grande partie par la consommation des ménages, tandis que la consommation des ménages est alimentée par un surendettement criminel au mépris des fondements d'une économie de bon sens. L'on constate, aussi, que le libre-échange tend à transférer la dette de l'Etat dans le patrimoine du citoyen sans pour autant diminuer la dette publique.



    Comment peut-on espérer qu'un tel mécanisme puisse perdurer sans crise majeure ? Car il faudra, tôt ou tard, que les emprunteurs honorent leurs engagements et avec intérêts qui plus est ! Quand les préteurs décideront de convertir leur risque en monnaies sonnantes et trébuchantes, les fricasseurs d'héritages n'auront pas fini de se faire et de passer des cheveux et des nuits blanches. Déjà des signes tangibles apparaissent partout dans le monde. Rares sont les économistes convaincus par le scénario catastrophe. Tout juste est-il question d'une simple correction du marché pour 2007, mais déjà, les plus opportunistes commencent à retirer leurs billes du jeu. En Espagne, l'on brade à tout va.(13). Les millions de propriétaires condamnés à l'endettement à perpétuité qui espéraient financer leur retraite grâce à la plus value de leur bien immobilier pourraient vite déchanter. Certes, la plupart complètement ruiné, sera dispensée du paiement des intérêts restant à courir. Il est fort possible que, dans leur magnanimité légendaire, les banques abandonnent leurs créances dans les dossiers les plus dramatiques. Mais tous, sans exception, seront dépossédés de leurs actifs, ironiquement ruinés de ce qu'ils n'auraient eu, de toutes façons, aucune chance de posséder un jour, mais pour lequel ils auront raqués et trimés pendant des décennies.



    En conclusion, j'aimerais apporter ma pierre à la réflexion. Si, comme l'indique justement N. Sarkozy, celui qui décide de contracter un prêt est capable de se projeter dans l'avenir, le surendettement, en revanche, est le comportement d'un consommateur incapable de conceptualiser son propre avenir en choisissant lâchement de l'ignorer plutôt que d'y faire face. Le surendettement constitue, ainsi, la forme aboutie d'abnégation de l'intérêt personnel le plus primaire. Or, le surendettement semble constituer ce nouveau mécanisme de vie des individus et d'organisation de nos sociétés où le concept de précarité accède librement à sa dimension réelle. La précarité, nous y voilà, cette condition primitive de l'homme que les néolibéraux espère élever en mode idéal d'existence, et que N. Sarkozy considère logiquement comme la seule révolution permanente. La précarité et le surendettement qui la nourrit deviendraient alors, un mode de domination d'un type nouveau, fondé sur l'institution d'un état généralisé et permanent d'insécurité visant à contraindre les individus à la soumission, à l'acceptation de l'exploitation dans lequel ceux qui refuseraient de suivre ou, pire encore, ceux qui ne le pourraient pas, seraient alors laissés pour compte dans l'indifférence et la non-culpabilité généralisée. Ainsi, la Second-life promises par N. Sarkozy dans ses prêches charismatiques se résumeraient pitoyablement en une négociation de concession ou une clochardisation de la rébellion pour la plupart des individus ....



    1.Le crédit revolving, appelé également "crédit permanent ", se présente comme une réserve d'argent permanente, accessible à tout moment, qui se renouvelle partiellement au fil de vos remboursements.
    2. « Je veux aussi le crédit revolving, c'est-à-dire donner la possibilité d'emprunter de nouveau à mesure que l'on rembourse ses emprunts. Une société qui emprunte est une société qui croit en l'avenir. Demos le blog  « Quand on facilite l'endettement des ménages pour financer les créations d'entreprises et l'achat d'une voiture indispensable pour aller travailler, on favorise le travail » Le Monde
    3. Fréquence terre
    4. Le Monde ou Marianne  (la vie dans le rouge)
    5. TNS Sofres (2005)
    6. Insee  
    7. Faut-il s'inquiéter de l'endettement des ménages?
    8. TNS Sofres (2006)
    9. Débats Assemblée nationale  ou Actualité de la vie publique
    10. La Tribune
    11. L'express  (France) L'express  (USA)
    12 Libération  ou  Batiweb


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  • N. Sarkozy a raison d'estimer qu'une campagne est assurément « l'occasion pour chacun de révéler sa vraie nature ». Sans doute N. sarkozy s'évertue constamment à cacher la sienne aux Français, mais il a, néanmoins, prit le risque d'en dévoiler une partie à travers la présentation de son programme économique publié dans le Monde du 22 janvier courant. Tous les matins, après son café, la phrase proverbiale de P. Pétain était « Allons travailler !». N. Sarkozy, lui, préfère narguer les derniers socialistes en invoquant Jaures et Blum, mais il s'égare. Car sa doctrine du travail s'inspire, n'en déplaise à sa distraction, de la grande Charte du Travail, celle qui, en 1941, fonda les bases du renouveau pétainiste; et la « véritable révolution économique » promise par N. Sarkozy dans la sacralisation, la réhabilitation, et la juste récompense de l'effort supplémentaire, ressemble étrangement à la grande «Révolution nationale » chère aux contre-révolutionnaires revanchards de la période collaborationniste. De toute évidence, le ministre-candidat aime le travail. Ce mot apparaît, en effet, quatorze fois dans son entretien et le verbe « travailler » est cité à six reprises. Il est vrai que N. Sarkozy fait du labeur « la priorité des priorités » considérant la « crise morale » que traverse la France comme la conséquence directe d'une «crise du travail».



    1) A ceux qui bossent, N. Sarkozy promet « de gagner plus en travaillant plus ». Quand on pense que depuis près de 10 ans, chaque rapport de l'OCDE souligne la forte productivité française du travail, l'une des meilleure des pays riches, dernièrement établi que le temps consacré par les Français au travail reste dans la moyenne annuelle mondiale(1). Quand on constate que le niveau de formation et de compétence des salariés français est un des meilleurs de la planète(2), que les créateurs sont suffisamment motivés pour porter, encore cette année, le taux de création d'entreprise à des niveaux records (3), faisant de ce pays le 2ème exportateur européen derrière l'Allemagne(4), ou les projets d'investissement extérieurs sont de plus plus nombreux(5), l'un des investisseurs les plus actifs à l'étranger (6). Pays d'assistés à l'économie sclérosée alors que même le Figaro se demande ce qui attire de plus en plus d'entrepreneurs étrangers à s'installer dans l'hexagone.(120.000 cadres, 7.200 chercheurs et 256.000 étudiants étrangers) (7) . Travailler plus pour gagner plus, disais-je, quand la précarité à doublé en 20 ans, et qu'un ménage sur trois vit avec moins de 1800 E par mois. L'on se demande, en quoi le fait de travailler davantage aurait une incidence sur nos salaires, voyant que dans tous les pays où règne le néolibéralisme, l'on assiste à une fracture sociale historique, à une généralisation de la paupérisation, à un endettement des ménages inimaginables y compris chez ceux réputés pour leur courage et leur surcapacité à l'effort.



    Parmi ceux qui bossent, on compte une majorité de bas salaires. Ceux là ne devraient trouver leur salut que dans une « augmentation de la quantité de travail » fournie. Cette stratégie ambitieuse devrait fonctionner jusqu'à hisser le Smic au delà de 1500 euros mensuels. Hier utopie socialiste, aujourd'hui « tout petit effort sur la durée de la législature ». 1500 euros, simplement, si l'on peut dire, grâce à un effort supplémentaire qui permettrait même de faire l'économie d'une réévaluation du Smic. Car le « travail crée le travail ». Travailler pour travailler constitue la promesse majeure de celui qui prétend «mener une campagne positive, et redonner de l'espérance » aux Français !



    Dans la lutte contre le chômage, ou plutôt l'inactivité, il est, aussi demander aux chômeurs de travailler davantage ! Le travail « est créateur d'emploi », il ne se partage pas. Celui qui ne travaille pas ne crée aucune richesse. Il était hier bénéficiaire d'un droit à indemnisation, il est aujourd'hui quémandeur d'aumônes, demain, attendons-nous à ce qu'il soit apte au travail obligatoire. « La récréation est terminée » s'exclamait, en son temps, J.P Raffarin, et N. Sarkozy, à son tour de prévenir : « il ne faut plus de minima sociaux sans contrepartie d'activité. Dans notre société, les devoirs doivent être la contrepartie des droits. » Fort bien ... «Il n'y a pas d'histoire de gauche et d'histoire de droite. Il y a l'histoire de France » comme il y eu celle des Ateliers nationaux de 1848 et celle du STO de 1943 !



    Et comme partout où règne le néolibéralisme, l'on entend vanter les bienfaits de lois qui isolent l'humanité, dépouillent l'individu de ses droits, matent ses revendications, refrènent ses passions et son enthousiasme, surtout, qui opposent les intérêts de chacun en les rendant contradictoires avec ceux des autres dans l'espoir d'un conflit toujours fragilisant. La proposition d'exonérer les heures supplémentaires, par exemple, s'inscrit complètement dans cette stratégie car elle ne manquerait pas, si elle était adoptée, de provoquer des rancoeurs entre ceux qui travaillent plus dans l'espoir légitime d'obtenir davantage, et les laissez pour compte du marché pour qui l'accès à l'emploi serait rendu encore plus difficile qu'il ne l'est déjà.



    Travailler davantage, travailler plus longtemps. Le problème des retraites est, lui aussi, un « problème de travail ». L'on apprend que travailler jusqu'à 70 ans n'est pas un labeur, encore moins une obligation, « quelle drôle d'idée ! » C'est un droit ! Le cap ? La limite ? : « c'est la liberté »! C'est le « libre choix » qui devrait fixer l'age du départ à la retraite tandis qu'en fait de réforme, N. Sarkozy invite les retraités à travailler plus longtemps et, ainsi, « contribuer à résoudre le problème de l'équilibre des retraites »



    Patrons ! Parmi vous beaucoup ont une part de responsabilité dans la lutte des classes, blâmé Pétain, «  « Les gros salaires ne me choquent pas à condition qu'ils soient associés à un vrai risque » et « le prédécesseur de P. Kron ne méritait pas de golden parachute. » reprend N. Sarkozy. Voici le maître-mot, il est tout en harmonie comme si une «nouvelle génération de capitalistes familiaux, qui investissent dans les petites et moyennes entreprises au service de l'emploi » se substituaient tout à coup à la solidarité organique et au paternalisme de la Charte du Travail de Vichy. Que chacun reste a sa place, les gros avec les gros, les petits avec les petits, les misérables avec les misérables. C'est toute la sagesse pétainiste de N. Sarkozy de valoriser les petits patrons quand les marchés financiers et les concentrations économiques régulent l'avenir de toute la planète. Il n'y a pas que les chefs d'entreprise d'ailleurs, qu'il est nécessaire de responsabiliser, il y a aussi les médecins, les patients qui devront mettre la main à la poche. Culpabiliser les uns, responsabiliser les autres, privatiser l'Hôpital public et mettre à sa tête des « patrons » car l'Hôpital public soignant les assistés improductifs et les pauvres consentants est devenu trop coûteux.



    2) Pourquoi devons-nous travailler davantage ? Parce que nous avons besoin de croissance. C'est à cause de la faiblesse de la croissance que les salaires sont si bas. Et « c'est grâce aux réformes que l'on apporte la croissance et les économies budgétaires » En réalité N. Sarkozy confond réformes et promesses. La promesse ambitieuse de gagner plus en travaillant plus, celle de rétrocéder des milliards d'euros aux contribuables en réduisant les dépenses, celle d'exonérer 95 % des Français des droits de succession, d'accorder des moyens supplémentaires aux universités, désormais autonomes, qui se réformeront, où chacun pourra accéder à la propriété grâce à l'exonération des intérêts d'emprunt contracté pour l'acquisition de son logement; celle, enfin, d'établir un service public de caution. Bref,  «Il faut que les Français en aient pour leur argent. », pour cela N. Sarkozy propose « des prestations meilleures en dépensant moins » !



    Les promesses sont nombreuses, les réformes nécessaires à leur application, elles, sont archiconnues. Ce sont celles préconisées depuis des lustres par les instances internationales, celles du consensus de Washington, du pacte de Lisbonne. Il s'agit toujours de la même rengaine : baisse des impôts, libre concurrence, déréglementation etc ... Il s'agit toujours de procéder à des coupes drastiques dans les dépenses de l'Etat providence. «  les charges trop lourdes, la pression fiscale trop élevée ». «  Tout est fait aujourd'hui pour décourager les entreprises ». Faire des économies se résume, ainsi, à s'attaquer aux fonctionnaires, au Service public, sources de déficits. Et comme réforme originale, Superman propose le détricotage du pouvoir de l'Etat à travers une baisse drastique du nombres de fonctionnaires. Soulignons tout de même que la France possède un contingent de fonctionnaires proportionnellement inférieur à celui des USA ! (8). La réforme proposée par N. Sarkozy se résume en une déclaration de guerre à l'encontre de l'Etat et du Service public. Travailler plus et transformer la mission régulatrice de l'Etat en une mission sécuritaire au sein d'une société où règne la dictature du marché. C'est toujours le même schéma au service d'un idéal capitaliste qui vire à l'utopie. L'épouvantail de l'Etat ennemi du Peuple. Et depuis trente ans, des législations qui s'imposent et favorisent son désengagement aux profits d'entités privées cotées sur les marchés financiers, dirigées par une poignée de familles détenant une majorité de contrôle sur des millions d'actionnaires, et qui n'ont, de surcroît, aucune religion, aucun pays, aucune éthique.



    Mais en s'attaquant à l'Etat, N. Sarkozy s'attaque aussi à la démocratie car il vise l'individu à travers la ruine universelle du pouvoir régulateur de la volonté générale. Il n'agit pas seulement sur le statut du salarié, du chômeur, du sans-papier, de la prostituée ou du délinquant, il s'attaque à leurs droits fondamentaux, il ébranle notre universalité en même temps qu'il ébranle l'universalisme des Droits de l'Homme. Qu'on ne s'y trompe pas : C'est la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen qui est ainsi jetée au pilon. Voyez comment se met en place insidieusement au plan économique un libéralisme effréné, et au plan politique l'instauration d'un véritable Etat policier.Voyez comment le néolibéralisme a ruiné l'idéal européen, comment il défraternise les continents partout dans le monde, comment il criminalise la pauvreté et culpabilise le citoyen, comment il fonctionne constamment en désunissant.






    1 http://tf1.lci.fr/infos/economie/0,,3301505,00.html (http://www.lemonde.fr/web/chat/0,46-0@2-3234,55-759022,0.html) http://www.ac-versailles.fr/PEDAGOGI/SES/vie-ses/Hodebas/productivite-france.htm  (2002)
    2.  http://www.lesechos.fr/info/metiers/4484111.htm
    3.  http://www.lefigaro.fr/eco/20070126.WWW000000617_la_france_na_jamais_creee_autant_dentreprises.html
    4. http://www.lemonde.fr/web/chat/0,46-0@2-3234,55-759022,0.html 
    5.  http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=945045
    6.  http://www.oecd.org/document/53/0,2340,en_2649_201185_37011957_1_1_1_1,00.html
    7.  http://www.lefigaro.fr/eco/20061028.FIG000000676_pourquoi_les_etrangers_reussissent_en_france.htm
    8. http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/france_829/label-france_5343/les-numeros-label-france_5570/lf57-investir-france_5763/implanter-france-un-choix-gagnant_5764/travail-les-francais-questions_16645.html


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    Lors de son périple chinois, émue, sans doute, par le spectacle sublime de la grande muraille, d'une voix vibrante d'émotion, Ségolène Royal a prononcé un substantif audacieux mais tellement mimi : la bravitude. Depuis, en guise d'offensives dérisoires, beaucoup ont ironisé et ironisent encore aujourd'hui à la manière de Laurence Parisot, présidente du Medef, ignorante ou feignant d'oublier que tous les mots de la langue française ont d'abord été des néologismes. C'est l'usage et la pertinence qui participent à la consécration d'un néologisme au moment ou ce dernier est lexiqué par les plus prestigieux dictionnaires. Mais il est une évidence qui échappe à quelques-uns : le Larousse et le Petit Robert sont des dictionnaires de référence édités par des sociétés privées. Chaque année, les millions de lecteurs qui les consultent attestent du capital-crédit dont ils s'honorent, néanmoins, ces dictionnaires ne disposent d'aucun statut officiel au même titre, d'ailleurs, que les milliers de dictionnaires proposés, chaque année, par les maisons spécialisées. Rien ne devrait s'opposer, par conséquent, à ce qu'un riche extravagant amoureux des mots et des formules décide, un beau matin, de financer l'édition de son propre dictionnaire sans pour autant prétendre lexiquer formellement les mots de la langue française. Le seul dictionnaire officiel est celui de l'Académie française. Une institution pour laquelle, en 1762, le néologisme constituait le "langage rustique, grossier comme est celui d'un paysan ou du bas peuple" Or, depuis 1694, seulement huit éditions complètes ont été publiées ! La huitième date de 1935, et depuis 1986, l'Académie française a laborieusement publié deux tomes de la neuvième édition, le reste en fascicules parvenus, entres deux apoplexies, jusqu'au nom commun «patte». En d'autres termes, si l'on devait attendre l'Académie française et sa vieillitude symptomatique pour espérer promouvoir un renouvellement vivifiant de la langue française, nous finirions probablement boiteux privés de béquille s'agissant d'exprimer de façon précise les concepts modernes indispensables non seulement à l'enrichissent des esprits, mais aussi à celui de la langue française et de ses 130 millions de locuteurs.



    Quelle que soit la langue, les néologismes pénètrent le vocabulaire à tout moment,(1) Et le langage politique n'échappe pas à cette règle, au contraire, l'on voit régulièrement apparaître de nouvelles expressions et de nouveaux néologismes qui facilitent la diffusion et la compréhension de concepts nouveaux. Il a toujours été permis, espérons qu'il en sera toujours ainsi, d'user d'un vocabulaire marqué au coin du moment. En son temps Aristote, lui même, considérait le néologisme comme instrument de l'élocution. Horace a revendiqué le droit d'exprimer par des signes neufs des idées jusqu'alors restées dans l'ombre « en forgeant des mots nouveaux ». En France, dès le XVème et, surtout, durant le XVIème siècle, les néologismes n'ont jamais cessé de se développer. Rabelais, Racine en firent un usage aussi prolifique que magnifique. Les poètes de la Pléiade, eux aussi, innovèrent magistralement le vocabulaire lyrique ainsi que les contemporains comme Henri Michaux ou Raymond Queneau.



    Du reste, Ségolène Royal n'aurait t-elle pas préméditée ce néologisme ..? La question mérite d'être posée car les rapports de communication sont souvent des rapports suggestifs pour ne pas dire persuasifs. Les mots revêtent, en effet, un pouvoir de nature magique : ils font croire, ils font rêver, ils font penser et agir. Par conséquent, utiliser un mot pour un autre, ou créer un mot est une manière de changer la perception du monde qui nous entoure, et par là, de contribuer à le transformer. C'est une façon de relier le présent au futur en éclairant d'un jour nouveau ce qui est en devenir. C'est ce que Ségolène Royal semble exprimer dans la façon originale avec laquelle elle prépare les élections du printemps prochain.



    Il faut croire que Laurence Parisot préfère l'euphémisme au néologisme quand bien même la frontière entre les deux concepts est quelquefois poreuse. Elle dispose, peut être, de suffisamment de bravoure pour parvenir à s'exprimer dans un Français à peu près correct, mais il est inutile d'incornifistibuler(2) son esprit pour lui faire admettre certains euphémismes affligeants dès lors qu'ils profitent au triomphe illusoire du darwinisme social ambiant quitte à nous faire accepter l'inacceptable : « défavorisé » pour dire misérable, « plans sociaux » pour évoquer le sacrifice des salariés sur l'hôtel de la spéculation, et sur celui de la « flexicurité », les droits élémentaires de ceux qui louent leur force de travail et leurs compétences au profit d'entreprises ingrates et cupides. Les clochards sont désignés « SDF »; les chômeurs furent « demandeurs emploi » avant d'être des assistés puis des fainéants; les contestataires sont des « kailleras », ceux qui manifestent en colère sont des casseurs; les victimes du parasitisme bancaire des « endettés passifs »(3), et ceux qui restent fidèles aux valeurs d'Egalité prônées par la Révolution française sont rabaissés au statut de bon à rien, étant promoteurs de la ruine universelle d'un pays qu'ils tireraient vers le bas.



    Certes, il est important que les mots ne manquent pas à leur fonction de désignation précise et adéquate des choses. Sinon, ce serait promouvoir le mensonge en le nommant par les termes destinés à l'excellence.(4) Mais je préfère, sans hésitation, bravitude à sidaïque ou ripoublique, mots qui salicifient la langue française au bénéfice d'une droite inconnue jusqu'à ce jour dont le jus se confond maintenant avec celui de la treille lepeniste.



    Voilà l'occasion de qualifier le commentaire de la présidente du MEDEF, et celui de nombreux goutteux neurasthéniques incapables de se libérer du carcan linguistique et du déterminisme économique qui les paralysent : abracadabrantesque, un néologisme rimbaldien épargné par la purification linguistique, et remis au goût du jour par Dominique de Villepin pour le chef de l'Etat dans la pure tradition des pschitt habituels de la Chiraquie. Le danger n'est pas dans la néologie, il réside dans ce langage acalorique avec lequel les hommes politiques trahissent la vérité de la réalité. Il est déjà si difficile de s'extirper de la propreté écoeurante du débat politique français, voilà qu'il est maintenant devenu ridicule de cultiver la création. Quand l'expression donne une forme à la pensée, toute idée trouve son aboutissement naturel dans le langage. Ainsi, les mots soulèvent une question de « représentativité » par le langage car ils permettent de penser la réalité plutôt que de la subir. En définitive, l'indispensable de l'homme libre est contenu dans son pouvoir unique de «  conceptualiser » en imaginant un autre monde que le sien. Au contraire, l'homme asservi est incapable de « concevoir », il commet la faute logique de juger possible uniquement ce qui est réel en ne connaissant qu'un environnement fait d'une succession de situations qu'il vit toujours au présent. Cet homme là est muet, plus asservi encore que le prisonnier bâillonné car incapable de mesurer en conscience l'étendue de sa propre servitude.






    1. Quelques exemples de néologismes : cuisiniste (celui qui installe des cuisines), génocide, pacser, alunir, nombrilisme (employé dans France-Soir (20-10-1968), cataphile, ouiste ou noniste, raffarinade, chiraquie, bushisme, busherie, islamophobie, employabilité, démocrature, vidéocratie, sarkospam. Le scientifique Lamarck a crée les mots invertébré, biologie et fossile. De façon moins fréquente, le néologisme peut être un mot forgé de toutes pièces, comme « gaz », par le physicien Van Helmont. Mais aussi camérer, verbiser, siester, le verbe “to xerox”, abribus (marque déposée), e-commerce, courriel, pourriel. Les Québécois ont crée «Fin de semaine», «magasiner», «décrochage scolaire». Le mot libertaire a été crée par l'anarchiste Joseph Déjacque.
    2.  Rabelais dans Le Tiers Livre
    3. http://www.blogg.org/blog-31810-date-2005-11-16-billet-les_orleanistes_recidivent-241758.html
    4. http://www.monde-diplomatique.fr/2006/08/BRUNE/13820



     


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  • Chers amis, chers électeurs, ils sont nombreux comme le lutin contestataire Demos qui écument les news-groups depuis des lustres, à attester l'omniprésence du militantisme front-nationaliste sur les forums de l'Usenet, et sa progression spectaculaire sur tous les espaces d'échanges disponibles sur le Net. Les milliers de news-groups non modérés demeurent, en effet, le terrain d'action propice au déploiement d'une armée de l'ombre quoique tapageuse, que trop visible, même rampante dans le vacarme sourdingue du Cyber-espace.



    Déjà en 2004, une étude de la Sce Datops,(1) spécialisée dans la veille de l'information sur Internet, avait montré la domination absolue du Front National sur les forums de l'Usenet français; et évalué pratiquement la visibilité de Jean-Marie Le Pen à celle du Président de la République étant l'un des hommes politiques les plus cité sur les forums. Aujourd'hui, la presse spécialisée ironise constamment à propos de l'interface ringarde du site officiel du FN, et son manque d'interactivité, en sous-estimant la visibilité réelle de ce parti et, surtout, l'ubiquité funeste qu'il exerce sur l'Usenet. Depuis plusieurs années, le FN a opté pour une stratégie intelligente qui ne lui coûte pas un centime. Cette stratégie consiste à communiquer de façon officielle d'un côté, tout en confiant aux militants, de l'autre, la mission d'occuper le terrain du débat. Et pendant que des escadrilles de militants assènent brutalement leur véridicité sur tout l'Usenet, le parti se cantonne dans une ligne officielle aseptisée, propre à amadouer la gente honnête des citoyens. Régulièrement, les représentants du Front National diffusent des communiqués officiels sur les forums politiques - c'est ce que Fabien Granjon appelle « les passeurs » dans son étude sur le néo-militantisme- (2) tandis que d'autres agissent en ordre de bataille en verrouillant toute discussion hors du champs de thématique préformaté par le parti. Que l'on ne s'y trompe pas, cette occupation ne reflète en aucun cas la pensée politique dominante. Des milliers de fils témoignent, en effet, du vandalisme pratiqué par le militantisme d'extrême-droite quand il s'agit de saboter une discussion incompatibles avec sa ligne de pensée. Tout est, ainsi, permis pour mettre hors-circuit les «  combattants ennemis de la France, » : confusion, détournement de discussion, invectives constantes, calomnies, attaques personnelles durant des mois, usage de multiples pseudonymes afin de créer soit l'illusion d'une conversation, soit une fausse unanimité autour d'une prise de position, solidarité sans faille entres militants FN, communication permanente sur les thématiques du FN, en évitant – comme l'atteste les conseils vus sur le site officiel - toute propagande politique « directe » afin d'échapper aux modérateurs lorsqu'il en existe.


    L'étude Datops date de 2004, aujourd'hui, le phénomène s'est considérablement amplifié. Des groupes comme « fr.soc.politique », ou l'antédiluvien « af.politique » par exemple, sont devenus des terrains minés où le néophyte est rapidement éjecté quand il déplaît à un conventicule tout puissant. Autrefois, l'idée d'un tri entres débats de qualité et discussions acaloriques était un objectif à peu près réaliste, aujourd'hui, une telle démarche friserait le ridicule. Le groupe « fr.soc.politique » est noyé dans un torrent de tracts méphitiques déversé par des abonnés hystériques qui postent à la semaine plusieurs centaine de fils remplis d'humeurs corrompues. Ces professions de foi trahissent, le plus souvent, les pulsions rédhibitoires symptomatiques de la faiblesse humaine, et participent avec succès à la ruine de ce groupes de discussion. En quelques années seulement, les militants frontistes ont délibérément discrédité « fr.soc.politique » en faisant fuir les contributeurs historiques avant d'en prendre le contrôle absolu. Dans une interview, G. Vicquet, membre du Front national, a vu dans l'Internet « une vitrine internationale pour le FN «(3). Effectivement, force est de constater que sur « soc.culture.french », la quasi-totalité des messages rédigés en Français émanent de sympathisants FN ... Et ce n'est pas joli à lire ! Soyons compatissants avec ces pauvres Américains qui n'ont d'autre alternative en Français que de choisir entre les reproches de Demos et les pouacreries de l'extrême droite française ! Bien évidemment, ce vandalisme touche en priorité les groupes à vocation politique, mais il atteint toutes les thématiques. Ainsi, le site du FN ne se prive pas de conseiller à ses sympathisants l'occupation des groupes de news qui relèvent «  d'un hobby », et de citer en exemple ceux traitant de chasse, d'automobile, de culture, d'environnement, de régionalisme, etc .. J'ai, moi même, eu l'occasion de croiser des militants frontistes sur « fr.art.Poesie ». Dans le Télérama du 25 février 2004, Martial Bild, délégué général adjoint du FN, reconnaît fièrement « Oui, on demande à nos partisans de se rendre sur les forums ! Les groupes de news permettent de prendre la température de la population sans le filtre des médias et constituent un bon vecteur de diffusion de nos idées ... »



    Nous l'avons indiqué dans l'introduction de ce billet : la stratégie du FN ne se limitait ni aux forums de l'Usenet, ni aux listes de diffusion. Elle cherche aussi à atteindre d'autres espaces de communication présents sur l'Internet. L'occasion est souvent servit sur un plateau de taper sur les gauchistes ou de se défouler de ses projets contrariés. L'on a vu, notamment sur Agoravox,(4) des articles ou des commentaires d'expression radicale atteindre des scores très élevés par le truchement de l'activisme frontiste cherchant manifestement à créer une fausse unanimité autour d'une prise de position. Il y a urgence, d'une part à ce que les partis politiques ré-investissent rapidement les groupes de news, d'autre part que les plates-formes en pleine expansion comme Agoravox s'assurent que les frontistes, ou tout autres militants, échouent dans leur tentative de travestir la réalité du débat démocratique en agissant en commandos et non en contributeurs honnêtes


    1. http://www.temps-reels.net/article1490.html
    2. http://www.temps-reels.net/article1045.html
    3. http://www.hemisphair.net/index.php/2004/02/25/p280
    4. http://www.agoravox.fr/sommaire.php3


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