• Une larme pour l'agonie du CPE et du CNE

    Mes chers amis, le nouveau-né CPE agonise à faire pitié même ceux qu'il dégoutte de sa laideur indécente. Le modèle français abusé et engrossé par le néolibéralisme a accouché d'un déchet d'avortement à l'article de la mort. Sans bougé, sans mot dire, gangrené jusqu'au nombril, pourrissant sur le trottoir de la contestation populaire, il est exhibé en spectacle et pour nous ce spectacle est une vision d'horreur excitante de sadisme, un cauchemar jubilatoire. Face à l'épidémie de la révolte, on dirait que toute la colère de la droite néolibérale s'extirpe de ses vagissements muets de mort-né... Gageons qu'en disparaissant si jeune, le CPE profitera plus longtemps qu'un autre de la mort.

    De son côté, le Premier ministre est à présent isolé, abandonné par son mentor; il porte seul dans les bras la dépouille de son protégé non sans l'espoir d'un miracle. Le voilà croyant maintenant ce triste matérialiste, dans l'espérance lui aussi, forcément envahi d'exigences chimériques tandis que le spectacle de son deuil justifie pour l'assembleur de nuées qu'il est devenu, le jugement de sa déperdition politique en même temps que le salaire mérité d'un échec personnel causé par une politique suicidaire. Pour de Villepin, tout espoir de s'élever à la fonction suprême semble anéanti. Et dans cette généalogie degénéréscente et trisomique, le patriarche CNE, le fameux contrat nouvelle embauche issu, lui aussi, d'un germe politique humainement modifié par la cupidité néolibérale, devrait à son tour suivre le funeste destin de son clone CPE.


    Chute des grands et petits venins qui faisaient fi de la précarité de nos enfants, des petites gentes aussi, et dont le destin tragique vit le fils trépassé avant le père. Comble de l'injustice, n'est-ce pas, quand l'enfant meurt avant celui qui l'a enfanté et quand le vieux plutôt que de s'éteindre paisiblement expire dans une lente agonie ...?Cette agonie, je ne l'invente pas; c'est celle que s'apprête à faire subir l'autorité judiciaire au CNE. La Justice de ce pays à une griffe de chatte aiguisée par 100 ans de jurisprudence sociale, et de la lecture des premières décisions rendues dans le cadre des conflits nés du CNE se profile un diagnostic très sombre pour le perclu ... Il y a quelques jours, un patron voyou à été condamné à 17 500 euros de dommages et intérêts pour rupture abusive de la fameuse période de consolidation. Comme une menace, les juges n'ont pas manqué de préciser dans leur attendu que « le CNE était destiné à favoriser de « nouvelles embauches » et non à être utilisé dans le seul but de précariser la situation d'un salarié et d'éluder le droit du licenciement ... Violente morsure qui ne manquera pas d'infecter la famille des faux-contrats CPE et CNE car c'est une chose de dispenser l'employeur de motiver un licenciement, c'en est une autre de croire qu'il peut licencier sans motivation ... Cela le gouvernement n'y avait pas pensé, ou plutôt, il a une nouvelle fois menti non seulement aux Français mais aussi aux entreprises ...


    Mes chers amis, on ne tire pas un trait sur cent de jurisprudence sociale et d'acquis chèrement gagnés dans la lutte, toujours avec sacrifice, souvent à l'issue de négociations menées intelligemment ... Tout cela le gouvernement l'avait oublié mais la doctrine pas, les juges pas, la Justice pas, le Peuple non plus; tout est écris d'avance dans cette lamentable offensive néolibérale qui n'en finira pas de se casser les dents sur un modèle allergique à la précarité ...


    Maintenant, non seulement nos juges exigent un motif de licenciement, mais ils n'accepteront pas n'importe lequel ... conformément soit dit en passant, à l'avis rendu par le Conseil d'état lors des travaux préparatoires à l'élaboration du CNE ... Licencier sans fournir de cause au « titulaire » certes c'est légal depuis le CNE, mais seulement pour deux raisons : l'insuffisance professionnelle, ou la cause économique. Par conséquent, sauf à respecter ces deux conditions, la procédure expéditive du CNE est insuffisante et l'employeur devra se conformer au droit commun des licenciements. Certes, c'est au salarié de supporter le poids de la preuve - belle mentalité que celle de faire supporter à la partie économiquement la plus faible le poids de la preuve - mais dans ce parcours du combattant, le titulaire remercié aura le juge comme allié. Et comme il ne pourra obtenir le motif de son licenciement qu'en saisissant les tribunaux, il faut s'attendre d'ici quelques mois à une escalade des actions en justice à l'encontre des employeurs. Vous devez vous convaincre, mes chers amis, que les gens, et c'est bien naturel, voudront savoir pourquoi ils ont été remercié quitte à devoir ester en justice pour le savoir et par là même en contester les motifs ... Les patrons-voyous se croyaient protégés par un contrat scélérat, ils vont goutter eux aussi aux vertus de la précarité juridique. Demain, si le CNE et le CPE se maintiennent, les Conseils de prud'hommes seront à la porte de leur entreprise; l'horreur absolue des petits patrons plantée juste devant le paillasson du bureau d'entretien préalable au licenciement ... Quelle leçon magistrale les juges viennent de donner à notre gouvernement de pendards ....!



    Hier, les employeurs devaient justifier leur motivation aux salariés licenciés, sans contrôle du juge à priori, aujourd'hui c'est au juge qu'ils devront fournir la cause du licenciement. ... nous les plaignons les bons autant que les mauvais ...
    Raisons économiques ... fort bien ... mais alors quand la situation s'améliorera il faudra songer à réembaucher le salarié licencié ou lui proposer le poste à pourvoir ... je n'invente rien, c'est la jurisprudence ...
    Insuffisance professionnelle ... fort bien ... mais comme seulement 10% des salariés embauchés en CNE ont un Deug et 3% seulement bac +3, autant dire que la plupart des postes pourvus grâce au CNE sont sans aucune qualification, on voit mal comment les employeurs pourront convaincre des juges méfiants qu'ils auront du attendre trois mois, quatre ou plus pour s'apercevoir de l'insuffisance professionnelle d'un salarié affecté à un poste subalternes ... alors deux ans, mes chers amis, vu comment la jurisprudence réagit, il y a fort à parier que ce sera mission impossible et pour cause ...


  • Commentaires

    1
    Vendredi 24 Mars 2006 à 17:23
    et tout cela
    réduit très fortement l'intérêt de ces contrats qui n'auront pas forcément le succès économique qu'on leur prête par avance. D'autant qu'une première affaire a déjà été jugée et qu'elle a été gagnée par... le salarié.
    2
    Vendredi 24 Mars 2006 à 17:29
    Bonjour Tschok,
    D'autant que l'INSEE vient de publier une étude qui révèle que l'essentiel des postes pourvus en CNE l'ont été au détriment des CDD et de l'interim ... L'INSEE est réservée et propose d'attendre la fin de l'année pour bénéficier de chiffres exploitables ...
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